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  • Interview de Neila Tazi

INTERVIEW DE NEILA TAZI

PRODUCTRICE DU FESTIVAL GNAOUA ET MUSIQUES DU MONDE D’ESSAOUIRA

« La culture est un projet politique ! »

 

 

Comment avez-vous vécu l’évolution du festival ?
Est-ce que vous imaginiez un tel succès il y a 20 ans ?

Un scientifique français a déclaré “L’évolution est événementielle. C’est l’événement qui fait l’évolution et l’événement fait la transformation.” Nous savions qu’il s’agissait d’une idée forte même si rares étaient les décideurs qui y ont cru au départ. Il a fallu beaucoup de travail, un vrai regard porté par les médias marocains et étrangers, un impact économique qui n’est plus à démontrer et enfin un formidable engouement populaire pour que le festival commence à être entrevu comme un projet sérieux. Sans doute étions-nous trop à l’avant-garde, mais peu importe, l’essentiel est d’être un acteur du changement, de s’inscrire dans la durée, d’obtenir des résultats et de croire fermement en ses idées, en son pays et en l’avenir. Le Maroc vient d’inaugurer la plus grande station solaire au monde. Qui aurait cru cela possible il y a 20 ans? Personne ne croyait à la réussite d’un tel festival et pourtant… Aujourd’hui, le festival Gnaoua et Musiques du Monde es t un rendez-vous musical reconnu au plan international.

Pourquoi personne ne croyait en ce projet culturel ?
Parce que c’était Essaouira, une ville oubliée et les Gnaoua dont on avait une image réductrice. Et surtout parce que pendant trop longtemps l’action culturelle n’a pas été suffisamment prise en compte comme un véritable levier de développement et de puissance. La culture est un « soft power » qui contribue à façonner un milieu favorable à la réalisation de nombreux objectifs. Aujourd’hui nous avons la démonstration que la culture dans l’action publique des petites villes peut être un catalyseur de politiques urbaines et de recompositions territoriales. La culture est un réel projet politique! Il faut l’intégrer en profondeur et de manière transversale. La culture a un rôle dans l’éducation, dans le tourisme, dans la diplomatie, dans la communication !

Après 19 ans, est-il plus facile ou plus difficile d’organiser un tel événement ?
Je reviens à votre première question en vous disant que pour évoluer il faut essayer d’accomplir quelque chose qui aille au-delà de ce qu’on a déjà réalisé. C’est exactement cet état d’esprit qui guide notre façon de gérer et de penser ce festival. Chaque édition doit être plus intense que la précédente, nous devons persévérer dans notre capacité à surprendre et éveiller la curiosité du public, pour le fidéliser. Ce n’est pas plus difficile mais je dirai que c’est encore aussi difficile. Certaines choses avancent, d’autres reculent. Nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que nous arrivions à convaincre tous les acteurs qui sont nos vis-à-vis (en 18 ans nous en avons eu beaucoup), que l’implication de tous est nécessaire, que c’est un travail qui nécessite de l’investissement, du professionnalisme et de la planification sérieuse. Trop de gens pensent encore que la culture c’est simple, que ça s’improvise….alors qu’il faut de la vision et la capacité de verrouiller les choses longtemps à l’avance, si on veut s’inscrire dans un travail qualitatif. Nous avions un énorme défi au départ : très peu de moyens et énormément de monde. Nous avons essayé de croiser ces deux courbes pour gagner en qualité et réduire le nombre, et croyez moi ce n’est pas un exercice facile. Notre dernier bastion, c’est l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

À quel point la place de l’Afrique est-elle importante dans ce festival ?
Nous avons toujours défendu l’ancrage africain du Maroc à travers cette culture. Il y a 20 ans, on ne nous prenait pas vraiment au sérieux. Gnaoua, Essaouira, l’Afrique, ne résonnaient pas. Aujourd’hui, les évènements viennent confirmer que tout cela avait du sens. Et c’est bien pour cela qu’avec le Conseil National des Droits de l’Homme nous consacrons notre forum à l’Afrique pour la 3ème année consécutive. Nous avons pour ambition de développer des partenariats en Afrique, avec d’autres festivals et institutions culturelles. J’espère que la prochaine décennie du festival sera consacrée à cela. Les artistes afro-américains qui viennent au festival prennent « une grosse claque » au contact des Gnaoua et de l’ambiance de la ville. Eux qui ne se sentent pas forcément interpellés par cette africanité, ce festival provoque en eux quelque chose de fort…

Plus qu’un festival qui fait défiler de la musique, il s’agit de créer de la musique…
Ce festival est un réel laboratoire de fusions musicales et nous tenons à ce qu’il continue d’en être ainsi.
Nous protégeons cette spécificité et cette authenticité qui caractérisent cet événement, qui lui donnent du sens et de la cr édibilité. Les stars du festival, ce sont avant tout les Gnaoua.

Et d’ailleurs une star de la tagnaouite est décédée cette année.
Comment organiser une édition sans Mahmoud Guinea ?

Ce sera difficile pour nous, pour sa famille et pour le public. Mahmoud était le gardien du temple, une icône de la tagnaouite, une figure d’Essaouira. Mahmoud attirait beaucoup de monde. Il avait chaque année une grande place dans le festival et il y av ait toute une réflexion autour de sa programmation.
La préservation devient une extrême urgence…tout le monde doit en prendre conscience et les efforts devront converger dans ce sens.

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